Les dossiers de Viva
Février 2012 - La double peine des victimes de scandales sanitaires

Distilbène : "Je suis épuisée moralement"

Géraldine, 47 ans.

“Ma mère a pris du Distilbène lorsqu’elle était enceinte de ma sœur et de moi. C’est elle qui nous a conseillé d’aller en justice. A vingt-huit ans, j’ai eu une conisation du col de l’utérus à la suite d’une dysplasie de haut grade, autrement dit des cellules précancéreuses, qui a récidivé deux ans plus tard.

Tous les ans, depuis l’âge de quatorze ans, je fais un frottis car je risque d’avoir un cancer. Cette menace m’angoisse, c’est un poids psychologique.
A trente ans, j’ai fait une grossesse extra-utérine que le médecin a liée au Distilbène. Ma sœur a réussi à avoir deux enfants, mais, pour ne pas perdre
ses bébés, elle a été obligée de rester alitée pendant neuf mois à chaque fois.

Nous avons saisi le tribunal civil en 2000 avec l’aide d’une avocate spécialisée dans le dossier. J’ai eu une expertise à Nanterre, une seule. C’était atroce. Je me sentais attaquée par Ucb-Pharma alors que je suis la victime.

J’étais obligée de me défendre face à quatre personnes. Par chance, j’avais toutes les ordonnances de maman, dix pages de résultats de frottis, j’ai évoqué le préjudice d’anxiété que je subissais… J’ai gagné mon procès
le 31 octobre 2008. Le laboratoire a été condamné à me verser 26 000 euros, et 60 000 euros à ma sœur, qui a perdu son travail à cause de ses deux grossesses alitées. Ucb-Pharma a fait appel et a gagné.

Je n’ai pas pu lire le compte rendu du juge tellement j’étais choquée. Médicalement, tout est prouvé. Le pire, c’est que pour me pourvoir en cassation il faut que je rembourse. Ma sœur aussi. Pour moi, c’est la triple peine. J’ai jusqu’à mars 2013 pour rendre l’argent afin que le juge daigne reconsidérer mon dossier. C’est monstrueux. On est traitées comme
des moins que rien. Même notre avocate a été sidérée par la sévérité du verdict. Je rembourse 470 euros par mois au laboratoire. Je gagne 1 660 euros par mois, c’est très lourd.

J’ai déjà perdu pas loin de 15 000 euros dans les frais de justice, que je ne récupérerai sans doute jamais. On paie tout : avocat, huissier, rapport médical, avoué, etc. Il faut être riche pour aller en justice, je ne le suis pas. Je suis épuisée financièrement et moralement, j’ai envie de passer
à autre chose dans ma vie. Je me demande si je ne ferais pas mieux d’arrêter. Pour le Mediator, il y a un fonds d’indemnisation. Pour le Distilbène, il n’y a rien. Je suis dégoûtée. ”

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Vos commentaires

Ce témoignage est terrible. C'est effectivement une triple peine. Géraldine a-t-elle été informée des risques d'une procédure avant de se lancer ?
Oui, les procédures Distilbène sont très difficiles, car il faut démontrer cumulativement :
- l'exposition in utero à la molécule,
- puis que cette exposition est bien la cause d'un préjudice.
... mais pour que la justice se prononce en faveur de la personne exposée in utero au Distilbène, il faut généralement qu'il n'y ait pas d'autre cause qui puisse expliquer ce que la personne a vécu. Or les cas de figure où les experts vont se prononcer dans ce sens-là sont rares. Par exemple, les décisions de justice en faveur d'enfants nés prématurément sont très claires sur ce point. (voir lien internet).
Effectivement, tant que le droit français n'évoluera pas, les parcours judiciaires resteront extrêmement lourds pour les victimes, et le risque d'être débouté, très grand. Votre dossier, très bien construit, le démontre d'ailleurs parfaitement.

heureusement que vous deviez me donner la parole !!...
Pourquoi m'avoir contacté pour demander mon témoignage ..pour ne pas donner suite ..ne pas m'avoir répondu à votre silence ??...
Ce n'est pas très sympathique de votre part :(
Qui parle de l'absence de vagin et d'utérus dans les conséquences du Distilbene ??...
Personne et vous n'avez pas non plus eu envie d'entendre mon témoignage visiblement :(
Cerise oubliée de tous et toutes -
et moi aussi je suis épuisée moralement et seule pour me faire entendre ...