Des pesticides dans les cheveux des travailleurs viticoles et des riverains des vignes

Des pesticides dans les cheveux des travailleurs viticoles et des riverains des vignes

Alors que le Salon de l'agriculture a ouvert ses portes depuis le 23 février, l'Association d'information sur les risques sanitaires liés aux pesticides Générations Futures, lance un pavé dans la mare en publiant les résultats d'une enquête inédite.

Entre mi-octobre et mi-novembre 2012, elle a fait analysé les mèches de cheveux de 15 salariés viticoles du bordelais (qui travaille dans les vignes mais qui ne pulvérise pas de pesticides), 5 riverains habitant près des vignobles et 5 témoins vivant loin des vignes.

Conclusion : tous les salariés viticoles ont des résidus de pesticides dans la chevelure, 11 fois plus en moyenne que chez les non professionnels. Chez 4 des 15 salariés testés, on retrouve la trace de dix pesticides différents. Il ne fait pas bon, non plus, vivre à moins de 250 mètres des vignes : en effet, les riverains ont 5 fois plus de pesticides dans leurs cheveux que les gens qui habitent en ville.

"L'analyse de cheveu est probante, commente Vincent Peynet, du laboratoire Kuduzyu Science qui a réalisé les tests. Cette technique est utilisée en médecine légale pour la recherche de consommation de stupéfiants ou d'alcool. Quand on a des traces de pesticides dans les cheveux, cela veut dire qu'ils sont passés à un moment ou un autre par l'organisme".

45% des molécules cancérigènes possibles

Selon Générations Futures, 45% des molécules retrouvées sont classées cancérigènes possibles en Europe ou aux USA et 36% sont suspectées d'être des perturbateurs endocriniens.

« Notre enquête a ses limites compte tenu du nombre restreint de volontaires testés et demande à être confirmée par d'autres études scientifiques, affirme François Veillerette, porte-parole de Générations Futures. Néanmoins, on a toutes les raisons de croire qu'elle est représentative de l'exposition des salariés viticoles et des proches riverains et que ce serait pareil dans une autre région ».

La France est le pays européen qui utilise le plus de pesticides (62 700 tonnes en 2011), et le troisième au monde. Le plan Ecophyto lancé en 2008 suite au Grenelle de l'Environnement prévoyait une réduction de moitié de ces substances chimiques en dix ans ainsi que l'exclusion des plus dangereuses. L'objectif est loin d'être atteint, c'est même l'inverse qui se passe puisque la consommation de pesticides entre 2009 et 2011 a augmenté de 2,7%.

Il faut retirer les plus dangereux du marché

Globalement en meilleure santé que la population générale selon l'enquête Agrican, les agriculteurs développeraient cependant plus fréquemment des cancers particuliers (lymphomes, tumeurs de la vessie, du cerveau...) et des maladies neurodégénératives de type Parkinson qui pourraient être liés aux pesticides.

« Quand on baigne dans une soupe de perturbateurs endocriniens pendant 20 à 30 ans comme c'est le cas pour les agriculteurs et les viticulteurs, on a plus de risques que les autres, souligne François Veillerette. Il est urgent de retirer les produits à risques du marché qui sont considérés cancérigènes possibles sur l'animal et de développer des alternatives aux pesticides. Qu'est-ce qu'on attend ? ».

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