Dépression : comment s'en sortir

Dépression : comment s'en sortir

Près de trois millions de personnes souffrent de dépression en France. Diverses prises en charge existent pour sortir de cette souffrance psychologique.

Quels sont les signes de la maladie ?

Tristesse intense et permanente, souvent accompagnée de pleurs, impression d’abandon, de solitude et d’inutilité, culpabilité, idées suicidaires, pensées négatives récurrentes, manque d’énergie, troubles de la mémoire et de la concentration… La dépression marque une véritable rupture par rapport au fonctionnement habituel, pouvant entraîner chez le malade l’incapacité de travailler ou d’accomplir les tâches du quotidien. Rien à voir, donc, avec le coup de blues ou la déprime passagère. Anxiété, insomnie, perte de l’appétit ou, au contraire, alimentation compulsive, problèmes sexuels et parfois douleurs physiques (maux de tête, troubles digestifs ou articulaires…) en sont aussi des manifestations fréquentes. La présence permanente de plusieurs de ces symptômes, depuis au moins deux semaines, peut être le signe d’une dépression. Celle-ci peut être d’intensité variable, allant de légère à très sévère.

Quand faut-il un traitement ?

Sans prise en charge médicale, une dépression dure en moyenne dix mois. «De nombreuses études ont montré que le nombre de jours passés en dépression conditionnait énormément le devenir de la maladie en termes de persistance de symptômes résiduels et de majoration du risque de rechute », note le Dr Florian Ferreri, psychiatre à l’hôpital Saint-Antoine, à Paris. La dépression est également la première cause de suicide : près de 70 % des personnes qui se suicident souffraient d’une dépression. C’est donc une maladie qu’il convient de ne pas négliger. Or, selon une enquête de l’Institut national de prévention et d’éducation pour la santé (Inpes), seulement 38,3 % des dépressifs consultent un médecin. Pourtant, paradoxalement, les Français sont les champions de la consommation de psychotropes. « En France, la moitié des personnes dépressives ne bénéficient pas du traitement adéquat », souligne le psychiatre. En cause : un manque d’information de certains généralistes, qui donnent un traitement inadapté, ne renvoient pas forcément leur patient vers un psychiatre, le nombre insuffisant de psychiatres, ou encore la difficulté pour le dépressif de se reconnaître comme tel.

Quelle psychothérapie choisir ?

Il existe plus de 200 formes de thérapie. Les plus connues sont celles d’inspiration psychanalytique, les thérapies cognitive et comportementale, et les pratiques dérivées. Existent aussi les thérapies de soutien, familiale, de relaxation (yoga, sophrologie, etc.), ou encore la méditation. C’est au praticien (psychologue, psychothérapeute ou psychiatre) de juger de l’intérêt d’entreprendre telle ou telle thérapie, en fonction du patient et de l’intensité de sa dépression. Il est conseillé d’attendre que les antidépresseurs commencent à agir avant d’entamer un travail sur soi. Seules les psychothérapies dispensées dans les établissements du secteur public psychiatrique ou par un psychiatre libéral sont remboursées.

Les antidépresseurs sont-ils indispensables ?

Pas forcément s’il s’agit d’une dépression légère : antidépresseur ou placebo, l’effet sur le patient est le même. En revanche, associés à une psychothérapie, ils sont efficaces et recommandés pour en traiter les formes modérées à sévères. C’est au médecin traitant ou au psychiatre de juger de la nécessité d’un traitement antidépresseur et du choix de la molécule en fonction des effets bénéfiques attendus et des effets secondaires ressentis (somnolence, insomnie, troubles digestifs, sexuels, ou prise de poids). Un anxiolytique peut parfois y être associé. « Pas plus de quelques semaines. Au-delà, l’action des anxiolytiques est diminuée et le risque de dépendance est réel », met en garde le Dr Ferreri. Attention aux tisanes au millepertuis : parfois présentées comme antidépressives, elles peuvent interagir négativement avec les médicaments.

Comment arrêter les médicaments ?

On ne peut pas arrêter les antidépresseurs quand on veut, en raison d’un risque majeur de rechute. Le patient peut aussi ressentir un syndrome de sevrage en cas d’arrêt brutal du traitement : anxiété, irritabilité, cauchemars, insomnie, syndrome pseudo-grippal (fièvre, frissons, fatigue…), sensations de vertiges. « La prise en charge médicamenteuse dure environ neuf mois à un an. Les premiers effets n’interviennent qu’après deux à quatre semaines, et il faut encore attendre un à trois mois avant que les symptômes de la dépression ne disparaissent : le patient dort mieux, son appétit se régule, il retrouve des capacités d’initiative, l’anxiété diminue », explique le Dr Ferreri. La phase de consolidation a pour objectif de stabiliser l’amélioration des symptômes et dure en moyenne six mois. Si aucune amélioration n’est constatée, il faut en parler au médecin, qui jugera de la pertinence de changer de dosage, de molécule ou de famille d’antidépresseurs. Avant l’arrêt total du traitement, les doses de médicaments sont réduites peu à peu durant quelques semaines, en accord avec le médecin. Si le patient a déjà eu plus de trois épisodes dépressifs, une prise en charge médicamenteuse sur plusieurs années peut être envisagée.

Y a-t-il un risque de récidive ?

La dépression est rarement un épisode isolé, il s’agit plutôt d’une maladie évolutive », constate le Dr Florian Ferreri. Une personne qui a souffert d’un épisode dépressif a statistiquement 50 % de risques de rechuter dans les deux ans et 75 % de risques de revivre un épisode dépressif au cours de sa vie. « Néanmoins, il ne faut pas considérer la dépression comme une fatalité, tempère le psychiatre. D’où l’intérêt de suivre un programme de soins dès les premiers signes de la maladie, car mieux on traite chaque épisode, mieux on prévient le risque de récidive. » Une fois guéri, prendre soin de soi grâce à la pratique d’une activité physique régulière, apprendre à gérer son anxiété et aborder la vie d’une manière plus positive en pratiquant du yoga, de la sophrologie ou de la méditation, par exemple, entretenir des liens sociaux... sont autant de façons de prévenir un risque de rechute.

La maladie du siècle

La dépression touche chaque année plus de 3millions de personnes de 15 à 75 ans, et 8millions y seront confrontées au cours de leur vie. En 2020, elle pourrait être la deuxième maladie la plus fréquente dans notre pays. Certains facteurs peuvent favoriser l’apparition d’une dépression : la perte d’un être cher, la survenue d’une maladie, une rupture affective, des conflits familiaux, mais aussi le fait d’avoir subi un événement traumatisant pendant la petite enfance ou d’avoir des parents dépressifs. Les femmes présentent près de deux fois plus de risques de vivre un épisode dépressif. A l’inverse, les personnes vivant en couple, celles qui occupent un emploi, les cadres et les individus exerçant une profession intellectuelle supérieure semblent moins exposés au risque de dépression. Idem pour ceux qui ont une vie sociale riche ou sont engagés dans des activités personnelles.

Vos commentaires

Un simple rappel!
Les tranquillisants et les somnifères de la classe des benzodiazépines favorisent le passage à l'acte suicidaire.
Ces anxiolytiques ne doivent pas être prescrits aux patients suicidaires, dépressifs ou psychotiques.
Félicitations au Professeur Ferreri pour avoir rappelé aux utilisateurs que les anxiolytiques ne sont pas le traitement de la dépression, ils peuvent même la masquer.

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