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Travail

Christian Cervantes est décédé sans reconnaissance de sa maladie professionnelle

Atteint de deux cancers qui le rongeaient depuis plusieurs années, Christian Cervantes a été obligé de plier devant la maladie. Jusqu'au bout, il s'est battu, au côté de ses collègues, pour la reconnaissance du caractère professionnel des pathologies dont souffrent de nombreux anciens verriers de VMC, devenue BSN-Glasspack puis OI-Manufacturing.

Il avait 64 ans tout juste. Employé pendant plus de vingt-cinq ans à la verrerie de Givors, fermée en 2003, Christian Cervantes découvre sa maladie en 2005. Depuis, le bras-de-fer est engagé. A la fois contre le mal qui le ronge. Mais aussi, minant psychologiquement, contre les autorités sanitaires qui ne veulent pas reconnaître son premier cancer, puis un second qui se déclare plus tard, comme maladies professionnelles.

Seul lui est accordé un suivi post-professionnel amiante. Militant syndicaliste à la Cgt, il n'est pas de ceux qui baissent les bras. Il sera l'un des membres fondateurs de l'Association des anciens verriers de Givors, association qui, depuis des années, fait du bruit pour que l'on n'oublie pas ces dizaines de salariés, dont beaucoup, comme le montrera une enquête de l'association, meurent de cancers, morts subites, maladies cardiovasculaires, etc. Dans des proportions bien plus importantes que parmi la population normale. La retraite, beaucoup n'en profitent pas.

Ses amis et anciens collègues ne l'abandonnent pas et reprennent, aux côtés de sa femme Mercedes et de leur fille, le flambeau de ces maladies que l'on voudrait tenir cachées. Ils lui rendront tous un dernier hommage, lundi 27 à Givors, à la maison des Fêtes et des Familles Roger-Tissot, à partir de 11 heures.

Enfin un rendez-vous avec la Carsat

Le jour du décès de Christian Cervantes, l'on apprenait également que la caisse régionale d'Assurance-maladie (Carsat) proposait enfin, prochainement, un rendez-vous à l'association des verriers. Cela faisait près d'un an que les verriers givordins essayaient d'entretenir le dialogue avec une institution plutôt sourde à leurs arguments. La bonne nouvelle de ces dernières semaines étant que, sur une trentaine de dossiers déposés pour un suivi post-professionnel, une dizaine ont été acceptés par la Cpam du Rhône. Pourtant, hormis l'amiante, les verriers ont été exposés, de par cette profession mais aussi les conditions dans lesquelles elle s'est exercée, à des dizaines d'autres substances classées CMR (cancérigènes, mutagènes et reprotoxiques), ouvrant normalement droit, selon la législation française, à un tel suivi médical.

L'un des médecins du service médical inter-entreprises qui suit les verriers, l'Agemetra, avait du reste listé toutes ces substances en se penchant sur les expositions potentielles auxquelles Christian Cervantès avait été soumis. Ce service de santé au travail, devant lequel les verriers étaient allés manifester il y a quelques mois, envoie désormais leurs dossiers médicaux aux verriers qui en font la demande. Il a même été obtenu que ces dossiers soient adressés au médecin de famille de chacun des intéressés.

Un colloque national en octobre

La plainte déposée en pénal par Christian Cervantès entre les mains du Doyen des juges d'instruction, vient aussi de trouver un nouvel élan. Deux experts -l'un de Paris, l'autre de Marseille- ont été désignés pour étudier un dossier pour lequel le juge d'instruction souligne « la violation manifestement délibérée d'une obligation de résultat ou de prudence dans le cadre du travail ». Ces experts ont jusqu'au 30 avril pour rendre leur rapport.

Une étude ciblée sur la population des verriers givordins vient de débuter, à l'instar de ce qui s'est fait en Seine-Saint-Denis, sur les cancers professionnels, avec le Giscop93. Afin, souligne Laurent Gonon, chargé du pôle « Reconnaissance des maladies professionnelles » au sein de l'association, que le Crrmp cesse de considérer que « l'état actuel des connaissances scientifiques des facteurs de risques ne (lui) permet pas de retenir le lien direct et essentiel entre la maladie et l'activité professionnelle. »

A l'initiative de l'Union départementale Cgt du Rhône, un vaste comité de soutien aux anciens verriers de Givors est en cours de constitution. Il réunit déjà des organisations de quelque dix-sept départements. Enfin, l'association givordine, dont le nouveau président est Michel Denis, a annoncé la tenue, le 13 octobre prochain, à Grigny -tout près de Givors- d'un colloque national « pour contribuer à faire progresser les reconnaissances des pathologies des ouvriers verriers en maladies professionnelles ».

Site association : www.verriers-givors.com

Lire aussi , ,

Vidéo sur les conditions de travail à la verrerie de Givors :
http://videos.vive-fr.org/2011/Verriers/cancer-pro-debat.flv

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