C’est en début de semaine prochaine, le lundi, que le tribunal de Turin doit rendre son verdict dans le premier grand procès en Europe, contre des patrons de l’industrie de l’amiante, en l’occurrence deux anciens dirigeants et actionnaires du groupe Eternit, l’un belge l’autre suisse : le baron Jean-Louis Marie de Cartier de Marchienne et Stephan Schmidheiny.

Six ans d’instruction et près de trois ans d’audience pour ce procès fleuve qui a débuté le 6 avril 2009. Trois mille victimes de quatre établissements italiens – Casale-Monferrato, Cavagnolo, Rubiera et Napoli – attendent que justice leur soit rendue, après des années de cauchemar. La fibre cancérigène a déjà fait près de 2 000 victimes tant parmi les anciens ouvriers des quatre sites que parmi la population, notamment à Casale-Monferrato. “Une catastrophe environnementale volontaire et permanente”, soulignent l’Associazione famigliari vittime amianto (Afeva), l’association italienne des familles de victimes de l’amiante, et les syndicats italiens (Cgil, Cisl et Uil).

Un verdict attendu par tous

Le procureur Raffaele Guariniello, à l’issue du procès en juillet dernier, avait requis 20 ans de réclusion contre les deux dirigeants d’Eternit. Du jamais vu dans les tribunaux, à l’encontre de barons de l’industrie.

Nombre de militants associatifs et syndicaux – français et étrangers – vont faire le déplacement jusqu’à Turin lundi.

L’Association nationale des victimes de l’amiante ( Andeva, www.andeva.fr) et ses diverses structures affiliées (Allo Amiante, comités amiante prévenir et réparer –Caper-, etc.) sont nombreux à envoyer des délégations dans la ville italienne. La Confédération Cgt sera représentée par Augustin Vinals, président du Caper 42. Guy Talès et Thierry Braillon, tous deux du Pôle prévention de la Fmf, représenteront les Mutuelles de France.
“Le verdict du procès Eternit de Turin représente, pour l’ensemble des victimes de l’amiante dans le monde, un formidable espoir de reconnaissance des préjudices physiques et moraux de ce poison”, estime Antoine Di Ruzza, vice-président de la Fédération des Mutuelles de France, responsable du pôle prévention de la Fmf.

Et en France ?

Même si toutes les victimes et les militants associatifs du pays rêvent de voir l’instruction de la juge Marie-Odile Bertella-Geffroy, en charge du dossier pénal de l’amiante en France, aboutir bientôt à un procès espéré depuis plus de quinze ans – la première plainte a été déposée en 1996 par les anciennes salariées d’Amisol à Clermont-Ferrand –, nombre d’entre eux sont aussi désabusés.

Le dossier traîne car le parquet freine l’instruction, et les moyens manquent au pôle santé publique pour mener les enquêtes nécessaires.

Joseph Cuvelier, patron d’Eternit en France, avait bien été mis en examen fin 2009 mais, après un recours déposé par ses avocats devant la cour d’appel de Paris, un non-lieu – prononcé en octobre dernier –, met pour l’instant hors de cause le patron français d’Eternit.

Cependant, la récente mise en examen de quatre membres du Comité permanent amiante (Cpa), actif lobby des patrons de l’amiante a redonné de l’espoir aux victimes françaises. Un espoir peut-être conforté, lundi, à Turin.

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