Rencontre à Turin, lors du procès de l’amiante, avec Eric Jonckheere président de l’Abeva, l’association belge des victimes de l’amiante.
A la question “le procès, en novembre dernier, que vous avez remporté contre Eternit [fn]Eternit a fait appel de la décision du tribunal de Bruxelles. [/fn], booste-t-il l’activité de votre association”, Eric Jonckheere qui préside l’Abeva (Belgique) répond : “Il y aura un avant et un après 28 novembre, en Belgique, c’est sûr. Nous avons fait rentrer le mot amiante dans les chaumières et prendre conscience qu’il n’y avait pas que les ouvriers qui étaient atteints par la fibre cancérigène. Les problèmes en terme de santé environnementale existent aussi. La couverture médiatique du procès lancé par la procédure de Françoise, ma mère, et que nous, ses enfants, avons poursuivie, a été importante. Le monde politique a réagi. Nous sommes du reste reçus, ce mardi, par la Commission du Sénat, à Bruxelles, pour améliorer le fonctionnement de l’AFA, notre fonds d’indemnisation des victimes.”

“Le délai de prescription pour déposer un dossier doit être rallongé, explique Eric. Nous aimerions aussi que soit levée une injustice fondamentale : Pourquoi les cancers du poumon se sont-ils pas reconnus dans la liste belge des maladies induites par l’amiante ? Et puis, nous voudrions que l’immunité soit levée.”

Pour mémoire, en Belgique, lorsqu’une victime accepte d’être indemnisée par l’AFA, cela annule toute procédure ensuite devant la justice. Les employeurs achètent ainsi leur immunité.

“Le procès de ma mère contre Eternit, raconte le président de l’Abeva, a été le premier procès d’une victime contre Eternit. A elle aussi, le groupe avait proposé 42 000 euros contre l’abandon de la procédure. Elle a refusé. […] Après sa mort, nous avons perpétué son combat. Deux de mes frères sont aussi décédés de l’amiante, en 2003 et 2009. Et je suis moi-même atteint. Alors que nous n’avons jamais travaillé dans le groupe. La famille Jonckheere, résume-t-il, nous sommes devenus des indignés avant l’heure.”

“C’est symbolique d’être ici, à Turin, argumente le militant associatif. Il y a tellement de similitudes entre Casale-Monferrato, ici en Italie, et Kapelle-op-den-Bos, en Belgique ! Et puis, la tête pensante du groupe Eternit, c’était en Belgique. Lors du procès de Françoise, à Bruxelles, nous avons réussi à démontrer qu’ils savaient. Ils ne se sont pas montrés – les dirigeants du groupe, (Ndlr) – au procès à Turin. Ce n’est pas le baron qui fait preuve de noblesse. Ce sont toutes les victimes, très dignes, qui sont ici. La vraie noblesse, celle du cœur, est là” ».

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