Jour de dépistage à Digne

C’est une action très concrète en faveur de l’accès aux soins des publics en situation de précarité qui a été organisée pour la première fois à Digne, à l’automne dernier. Une douzaine de stands différents étaient dressés pour faire de cette journée de prévention, de dépistage et de conseils un moment tout à fait exceptionnel. Près de cinquante personnes en difficulté ont ainsi pu faire contrôler leur vision, chez les Opticiens mutualistes dignois de la Mutuelle d’action sociale 04-05, ainsi que leur audition; ailleurs, elles ont pu faire vérifier leur glycémie, faire un bilan de santé bucco-dentaire, évoquer leur consommation d’alcool, de tabac ou encore de drogue. « Les personnes qui envisagent un sevrage ont obtenu des adresses, des conseils et une orientation vers des structures adaptées », précise David Nasi, chargé de mission prévention de la Mutualité française 04. Pour certaines, comme Louisa[fn]Les prénoms ont été modifiés.[/fn], cela a été l’occasion de faire le point sur leur contraception, pour d’autres il s’est agi de réaliser un dépistage anonyme et gratuit du Vih et des infections sexuellement transmissibles. Cette vaste opération de prévention a été rendue possible grâce à l’implication du Ccas, qui a supervisé les opérations et les équipes médicales et paramédicales bénévoles. La caisse primaire d’assurance-maladie, de son côté, a pu délivrer des renseignements sur les dispositifs d’aide à la complémentaire santé, comme la Cmu (couverture maladie universelle) ou l’Acs (aide pour une complémentaire santé). L’occasion pour Marco, Sara ou encore Arthur* – qui avouent ne pas souvent franchir le seuil d’un cabinet médical par manque de moyens – d’obtenir des réponses à leurs questions auprès des professionnels de la santé présents. Marco a pu faire contrôler sa vue pour la première fois depuis dix ans, Sara a appris à mieux s’alimenter, tandis qu’Arthur a bénéficié d’un bilan de santé dentaire qui l’a décidé à se soigner. « En France, on privilégie vraiment le curatif. La culture de la prévention devrait être davantage développée par l’assurance-maladie, la mutualité, les communes, en direction des populations le plus défavorisées », a déclaré Gérard Esmiol, adjoint délégué à la solidarité, à la santé et à la politique de la ville. L’élu s’est réjoui de la réussite de cette opération de solidarité, conscient que les difficultés sociales et l’isolement constituent un frein indéniable à l’accès aux soins. « Quand on a des soucis d’argent, se soigner ce n’est vraiment pas la priorité, on se dit que ça ira mieux plus tard, en croisant les doigts pour ne pas avoir un gros pépin», a confié Marco, avant de repartir, muni d’une liasse de brochures de prévention « pour les copains ». n Françoise Essayan-Donadio