Les dossiers de Viva
Février 2009 - Où va la Sécurité sociale ?

Les caisses primaires en fusion

La Caisse nationale d'assurance-maladie (Cnam) fusionne ses caisses départementales sur tout le territoire. L'an prochain ne devrait subsister qu'une caisse par département. {Quid} des missions de proximité et de prévention de la Sécu ?

« Je venais apporter mes feuilles de maladie ainsi que celles de ma voisine, qui ne peut pas se déplacer. Et ma belle-fille venait remplir des papiers après un accident », déplore Bernadette, soixante-dix-neuf ans, qui a trouvé porte close à la permanence de la caisse primaire d’assurance-maladie (Cpam) à la mairie de Ronchamp, commune de la Haute-Saône.

Même cas de figure à Vandœuvre, commune de Meurthe-et-Moselle de 35 000 habitants comptant environ 5 000 logements sociaux et un taux de chômage de 16,42 %. Les assurés sociaux sont aujourd’hui invités à se rendre dans les accueils de Nancy ou de Villers-lès-Nancy, dont la fréquentation a augmenté de 30 % en quinze jours.

La Cnam considère désormais l’assuré comme un client

« Il ne s’agit pas d’une restructuration, précise le président de la Cpam de Meurthe-et-Moselle, Patrick Del Grande, mais d’une réorganisation. La Cpam est soumise à des contraintes budgétaires. »

Depuis 2006, dans sa con­vention d’objectif de gestion avec l’Etat, l’assurance-maladie s’engage à réduire ses coûts de gestion aux alentours de 4 %. « Aucune société privée n’est capable d’atteindre cet objectif. Les économies à venir vont se faire sur le dos du personnel au détriment du service envers l’assuré », dénonce Jacques Maréchal, secrétaire départemental de la Cgt de Moselle.

Dans son projet d’entreprise, la Cnam parle de mutualisation, de globalisation, et considère désormais l’assuré social comme un client. « L’objectif est d’arriver à une caisse par département l’an prochain, puis à une par Ré­gion au final. Un scénario orchestré par les futures agences régionales de santé (Ars) », affirme Marc Biglieto, conseiller à la Cpam de Thionville.

Des regroupements sont déjà effectifs entre Annonay et Privas, Laon et Elbeuf, Brest et Quimper, Roubaix et Tourcoing. Dans l’Est, le directeur de la caisse de Thionville assure l’intérim de la caisse de Metz. Une décision qui préfigure la fusion des antennes de Thionville, Metz et Sarreguemines. Même chose à Nancy et Longwy, où une direction commune est en place depuis quelques mois.

Du côté des salariés, l’inquiétude grandit, malgré les propos rassurants du directeur de la caisse de Thionville, Jean-Marie Beugnette : « Il n’y aura aucune obligation de mobilité du personnel, même si, à terme, le projet a pour but naturellement de générer des économies. »

« Une caisse unique éloignerait encore plus l’assurance-maladie des assurés sociaux. On s’écarte de plus en plus des fondements de la Sécu », s’alarme Martine Michel, déléguée Cgt à la Cpam de Metz.

Les agents sous pression

En Moselle, les fusions de caisses font écho aux fermetures d’entreprises, à la carte militaire et à la carte judiciaire… : les réorganisations territoriales menacent terriblement l’emploi. « Le projet d’entreprise prévoit un remplacement des départs à la retraite à hauteur de 60 %, alors même que nous constatons des af­fluences records dans les accueils », constate Martine Michel.

En Alsace, la caisse d’assurance-maladie de Mulhouse teste le télétravail avec une trentaine de salariés concernés par la fermeture des centres de paiement d’Altkirch, de Saint-Louis et de Thann. « Les agents travaillent chez eux du lundi au jeudi et reviennent à la caisse le vendredi. En individualisant les tâches, on isole les agents. Ils sont sous pression, mis en concurrence », dénonce les syndicats.

Le sort des caisses semble bel et bien scellé. Cette année 2009 promet d’être mouvementée, dans une assurance-maladie en plein chantier. 

Vos réactions